
En Haïti, les femmes sont partout. Elles sont au marché avant l'aube, elles portent les charges sur leur tête, elles nourrissent les familles, elles gèrent les ressources du quotidien. Elles savent où l'eau se trouve, où elle manque, où la terre s'érode, où les récoltes diminuent. Elles vivent au contact direct de l'environnement, souvent bien avant que les experts n'arrivent avec leurs rapports. Ce savoir accumulé au fil des générations est une ressource que la société haïtienne n'a pas encore pleinement reconnue. Pourtant, là où les femmes organisent, décident et agissent, les résultats parlent d'eux-mêmes.

Dans le cadre du programme ProNature CRAB, financé par la Coalition pour la Biodiversité (CBF) et l'Agence Française de Développement (AFD), le Fonds Haïtien pour la Biodiversité a fait un choix délibéré. Mettre les femmes au cœur de l'action. Deux organisations féminines ont reçu un financement pour conduire des projets concrets dans leur communauté respective.
Dans le Sud-Est, l'Association des Femmes pour l'Environnement et le Développement Durable (AFEDD) travaille à la réhabilitation d'un système d'adduction d'eau potable à Source Cresson. L'accès à l'eau potable et la protection de l'environnement ne sont pas deux combats séparés. Quand une source se tarit ou se pollue, c'est la communauté entière qui en paie le prix. Ce sont souvent les femmes qui marchent le plus loin pour trouver de l'eau. Ce sont elles aussi qui savent le mieux ce qu'il faut faire pour la protéger.

À l'Étang Lachaux, l'Organisation des Femmes en Action pour la Protection de l'Environnement (OFAPE) s'attaque à la restauration de 2 500 mètres de berges. Des berges dégradées, c'est une eau qui se réchauffe, qui s'évapore, qui perd sa capacité à soutenir la vie aquatique et à alimenter les terres environnantes. Restaurer ces berges, c'est rendre à cet étang sa fonction naturelle et à la communauté un patrimoine commun.
On pourrait se demander pourquoi des femmes. La réponse est simple. Parce qu'elles sont déjà là. Elles connaissent la terre, elles savent ce qui a changé, ce qui manque, ce qui peut encore être sauvé. Leur engagement n'est pas symbolique. Il est pratique, ancré dans la réalité quotidienne de leurs communautés. Quand elles s'organisent autour d'un projet, elles entraînent avec elles leurs familles, leurs voisins, leurs communautés. L'impact dépasse toujours le projet lui-même.
Ces deux initiatives ne sont pas des exceptions. Elles illustrent une conviction portée par le FHB. Les solutions durables naissent toujours de l'intérieur. Elles naissent de ceux qui connaissent la terre, qui en dépendent, qui ont tout à perdre si elle se dégrade et tout à gagner si elle se relève. À Étang Lachaux comme à Source Cresson, ce sont des femmes qui tiennent ce rôle. Et toute la communauté en bénéficie.