
Ces dernières années, Haïti est submergé par une vague d'insécurité sans précédent. La prolifération des gangs armés et de leurs activités criminelles ne menace pas seulement le quotidien de la population, elle place la diversité biologique du pays en état de siège.
La crise haïtienne est multidimensionnelle, mêlant instabilité politique, précarité économique et troubles sociaux. Son impact sur l'environnement reste pourtant le moins documenté, malgré des conséquences qui s'accumulent chaque jour. Les groupes armés exploitent le vide laissé par des institutions étatiques affaiblies, instaurant un climat de peur qui paralyse toute gestion territoriale. Quand on craint pour sa vie, on ne pense pas aux arbres. Et pourtant, les arbres, eux, continuent de tomber.
L'environnement est la victime silencieuse de cette violence. Si rien n'est fait pour faire taire les armes et restaurer l'intégrité de nos écosystèmes, notre patrimoine naturel court un risque irréversible.
L'occupation des territoires par les gangs ne sème pas uniquement le deuil, elle engendre un vandalisme écologique. À Kenscoff, autrefois château d'eau de la capitale, la déforestation s'accélère sous la pression des groupes armés. La réserve écologique Wynne Farm a été la cible d'incendies criminels. De Gressier à la Croix-des-Bouquets, en passant par la vallée de l'Artibonite, le sabotage des infrastructures hydrauliques et les atteintes à la faune et à la flore ne sont pas de simples dommages collatéraux, mais des actes qui détruisent notre héritage.
Un écosystème non protégé peut atteindre un point de non-retour. Lorsque la couche arable des montagnes disparaît sous l'effet d'un déboisement, elle s'accumule dans le lit des rivières, aggravant l'érosion et la sédimentation. L'absence de gestion des déchets pollue les sources d'eau. La terre perd sa capacité à soutenir la vie.
En abandonnant l'environnement à la criminalité, nous bafouons le principe d'équité intergénérationnelle. Saboter l'Artibonite, c'est condamner le pays à la famine demain. C'est une violation du contrat social et des droits de la personne humaine.
Haïti dispose d'un cadre légal. Le Décret du 12 octobre 2005 stipule que l'environnement est un patrimoine national dont la protection est d'intérêt général. Cet arsenal juridique pourrait constituer un levier pour renforcer la lutte contre la criminalité environnementale si les institutions tenaient debout.
Le rétablissement de la sécurité ne doit pas se limiter au silence des fusils, il doit garantir que la terre retrouve sa paix pour nourrir les générations de demain.
Malgré ce contexte, le Fonds Haïtien pour la Biodiversité s'adapte. L'institution réorganise ses priorités, évaluation des zones récupérées, sécurisation des infrastructures vitales, protection des sources d'eau, des forêts et des mangroves. Les routes se ferment. Le FHB cherche d'autres chemins. La biodiversité haïtienne ne peut pas attendre la paix pour être protégée.