
La mangrove est un écosystème côtier tropical unique, une forêt les pieds dans l'eau. Au cœur de cet écosystème réside le palétuvier. Il est ce que le corail est au récif corallien, l'élément constitutif d'un milieu pour la diversité biologique marine.
La particularité du palétuvier lui permet de se développer dans une eau saumâtre et un sol pauvre en oxygène. Ses racines aériennes captent l'oxygène de l'air et il puise les nutriments dont il a besoin dans l'eau. Le palétuvier a aussi la capacité de rejeter l'excès de sel par ses feuilles.
Cet environnement tropical conserve une riche biodiversité. Poissons, crabes, oiseaux, reptiles y trouvent nourriture et abri. La mangrove est un refuge pour de nombreuses espèces qui y passent leur période juvénile avant de rejoindre la haute mer. Pour des espèces comme les périophtalmes, les crabes violonistes ou encore les poissons archers, la mangrove est un lieu de résidence permanente. La mangrove protège les écosystèmes marins et assure la survie des communautés locales qui en dépendent.
La mangrove amortit l'effet destructeur des vagues dues aux ouragans ou aux raz-de-marée. Elle constitue une barrière de défense naturelle. Elle peut même ralentir, voire empêcher un tsunami d'atteindre les côtes.
Ignorer la valeur de cette richesse naturelle, c'est détruire ses propres ressources halieutiques et se rendre plus vulnérable face aux risques côtiers.
L'ingénieur-agronome Jimmy Délisca estime la superficie totale de mangrove en Haïti à 17 337 hectares (CNIGS, 1998). Les spécialistes estiment que les mangroves couvraient jadis presque tout le littoral haïtien et s'étendaient jusqu'à 6 kilomètres à l'intérieur des terres. Aujourd'hui, elles sont présentes sur 30 % seulement du littoral haïtien.
La vulnérabilité
Les grandes villes d'Haïti sont principalement côtières. L'urbanisation qui progresse et l'extension sans contrôle du bâti exercent une pression croissante sur la mangrove. Dans les zones proches de la capitale, elle a été rayée de la carte. À Cité Soleil, la population détruit le peu de mangrove subsistant et remblaie le littoral pour créer des espaces de construction. L'absence de l'État n'a mis aucune politique publique en place pour protéger les espèces et leurs écosystèmes. Les jeunes poissons, privés de refuge, disparaissent.
Un arrêté publié le 10 juillet 2013 interdit l'exploitation et l'utilisation des mangroves dans le pays. La pêche et la chasse sont également prohibées à l'intérieur de ces forêts. Des textes, mais jamais appliqués réellement.
Haïti figure parmi les pays qui ont ratifié la convention sur la diversité biologique de 1996, un traité multilatéral signé par 196 nations en faveur du développement durable. En vertu de cette convention, Haïti doit mieux gérer ses ressources et ses espaces naturels, notamment les mangroves. Des étudiants de l'École Technique d'Agriculture et de Gestion de l'Environnement (ETAGE) ont démontré que la déforestation et les déchets demeurent des menaces directes pour les mangroves haïtiennes.
La solution
L'État haïtien doit mettre sur pied des politiques publiques pour réparer les dégâts déjà causés et restaurer les écosystèmes endommagés. Cela passe aussi par l'éducation des communautés côtières dont la survie dépend directement de ces écosystèmes. De sévères sanctions doivent être prises à l'encontre de ceux qui les détruisent pour en tirer profit. Une démarche concertée des institutions de conservation, des communautés locales et des autorités est la seule voie vers une gestion durable de ces écosystèmes. C'est dans cette perspective que le Fonds Haïtien pour la Biodiversité agit. Un projet de restauration s'est achevé en août 2025 à Baradères-Cayémites, où plus de 200 000 plantules ont été mises en terre par des habitants de cette région. Ces hommes et ces femmes qui ont mis les mains dans la terre ce jour-là savaient ce qu'ils faisaient.