575 000 USD mobilisés. 11 organisations sélectionnées. 7 départements. Là où Mélissa a frappé, le FHB répond.

À la suite du passage de l'ouragan Mélissa en Haïti, le CBF a mis à la disposition du Fonds Haïtien pour la Biodiversité une enveloppe de 575 000 USD dans le cadre d'un accord de subvention signé entre les deux institutions. De ce montant, 505 000 USD sont directement alloués aux subventions versées aux organisations bénéficiaires sur le terrain, tandis que les 70 000 USD restants couvrent les coûts d'appui administratif et de supervision du programme, notamment le suivi technique des projets, les missions de terrain et la gestion contractuelle.

Cette réponse illustre la capacité du FHB à mobiliser des ressources d'urgence et à les orienter efficacement vers les communautés vulnérables, tout en maintenant un dispositif de contrôle et de redevabilité rigoureux. C'est dans cet esprit que le Fonds a fait le choix d'accompagner ses partenaires non seulement financièrement, mais aussi techniquement. Parce qu'une subvention sans capacité à la gérer correctement ne tient pas dans la durée.

Onze projets, sept départements

Début 2026, le FHB a sélectionné onze organisations réparties dans sept départements du pays — Sud, Nippes, Ouest, Nord-Ouest, Nord-Est, Grande-Anse et Sud-Est — pour l'attribution de ces subventions. Cette couverture géographique témoigne de la volonté du Fonds de toucher les zones les plus sinistrées, quelle que soit leur localisation sur le territoire national.

Les projets retenus couvrent un large spectre d'interventions complémentaires : restauration de mangroves et d'écosystèmes côtiers, agroforesterie et reforestation, dispositifs de concentration de poissons et appui aux pêcheurs, réhabilitation de terres agricoles dégradées, développement de filières génératrices de revenus telles que l'élevage caprin, l'aviculture et la production de tisanes médicinales, ainsi que des ouvrages de protection contre l'érosion et les inondations. Cette diversité d'approches reflète une analyse fine des besoins différenciés des communautés selon leur contexte écologique et socio-économique.

Au total, ces onze projets bénéficieront directement à 1 062 ménages et individus identifiés, avec des durées d'exécution variant de quatre à huit mois selon la nature des interventions.

Former pour mieux exécuter

Avant le démarrage des projets, le FHB a organisé une formation en passation des marchés à l'intention des représentants des onze organisations bénéficiaires. Cette session, qui a réuni dans une même salle les porteurs de projets venus des sept départements, visait à les outiller pour gérer leurs subventions avec rigueur et transparence. Un guide de passation des marchés leur a été remis, conçu comme un outil de référence auquel ils pourront se reporter à chaque étape de l'exécution de leurs projets.

Cette démarche n'est pas anodine. Dans un contexte où les ressources sont rares et les besoins immenses, la capacité des organisations de terrain à gérer correctement les fonds qui leur sont confiés est aussi importante que les projets eux-mêmes. Le FHB ne finance pas seulement des activités. Il investit dans la compétence des acteurs qui les portent.

Pour la première fois, le Conseil de Direction et la Direction Exécutive se retrouvent en présentiel. Trois jours pour aligner les équipes, consolider les textes fondateurs et fixer le cap.

Il y a des moments dans la vie d'une institution où il faut s'arrêter pour décider ensemble de la direction à prendre. Avril 2026 a été l'un de ces moments.

Pour la première fois depuis sa création, le Conseil de Direction et la Direction Exécutive du Fonds Haïtien pour la Biodiversité se sont réunis en présentiel. Trois jours dans le Nord du pays, loin du bruit quotidien, pour travailler. Pas pour se congratuler. Pour construire.

L'ordre du jour était dense. Un consultant spécialisé a accompagné l'équipe dans l'harmonisation des documents statutaires du Fonds. Ces textes fondateurs définissent qui est le FHB, comment il fonctionne, selon quelles règles il prend ses décisions. Des documents que l'on reporte souvent parce que l'urgence du terrain prend toujours le dessus. Cette fois, l'urgence, c'était eux.

Trois jours de travail sans relâche. Des débats, des ajustements, des arbitrages. Et entre deux sessions, quelque chose d'aussi important que les textes eux-mêmes. Des hommes et des femmes qui apprennent à se connaître, à se faire confiance, à construire ensemble une culture commune. Le team building n'est pas un luxe dans une institution. C'est le ciment qui fait tenir tout le reste.

Le Nord n'a pas été choisi par hasard. Cette région, riche en biodiversité et en histoire, rappelle au FHB pourquoi il existe. Les orientations discutées ces trois jours ne sont pas des abstractions administratives. Elles détermineront concrètement comment le Fonds accompagnera les communautés, financera les projets et rendra compte de ses actions dans les années à venir.

Les routes étaient bloquées. Les zones inaccessibles. Le pays paralysé. Le FHB, lui, a continué.

Ces dernières années, Haïti est submergé par une vague d'insécurité sans précédent. La prolifération des gangs armés et de leurs activités criminelles ne menace pas seulement le quotidien de la population, elle place la diversité biologique du pays en état de siège.

La crise haïtienne est multidimensionnelle, mêlant instabilité politique, précarité économique et troubles sociaux. Son impact sur l'environnement reste pourtant le moins documenté, malgré des conséquences qui s'accumulent chaque jour. Les groupes armés exploitent le vide laissé par des institutions étatiques affaiblies, instaurant un climat de peur qui paralyse toute gestion territoriale. Quand on craint pour sa vie, on ne pense pas aux arbres. Et pourtant, les arbres, eux, continuent de tomber.

L'environnement est la victime silencieuse de cette violence. Si rien n'est fait pour faire taire les armes et restaurer l'intégrité de nos écosystèmes, notre patrimoine naturel court un risque irréversible.

L'occupation des territoires par les gangs ne sème pas uniquement le deuil, elle engendre un vandalisme écologique. À Kenscoff, autrefois château d'eau de la capitale, la déforestation s'accélère sous la pression des groupes armés. La réserve écologique Wynne Farm a été la cible d'incendies criminels. De Gressier à la Croix-des-Bouquets, en passant par la vallée de l'Artibonite, le sabotage des infrastructures hydrauliques et les atteintes à la faune et à la flore ne sont pas de simples dommages collatéraux, mais des actes qui détruisent notre héritage.

Un écosystème non protégé peut atteindre un point de non-retour. Lorsque la couche arable des montagnes disparaît sous l'effet d'un déboisement, elle s'accumule dans le lit des rivières, aggravant l'érosion et la sédimentation. L'absence de gestion des déchets pollue les sources d'eau. La terre perd sa capacité à soutenir la vie.

En abandonnant l'environnement à la criminalité, nous bafouons le principe d'équité intergénérationnelle. Saboter l'Artibonite, c'est condamner le pays à la famine demain. C'est une violation du contrat social et des droits de la personne humaine.

Haïti dispose d'un cadre légal. Le Décret du 12 octobre 2005 stipule que l'environnement est un patrimoine national dont la protection est d'intérêt général. Cet arsenal juridique pourrait constituer un levier pour renforcer la lutte contre la criminalité environnementale si les institutions tenaient debout.

Le rétablissement de la sécurité ne doit pas se limiter au silence des fusils, il doit garantir que la terre retrouve sa paix pour nourrir les générations de demain.

Malgré ce contexte, le Fonds Haïtien pour la Biodiversité s'adapte. L'institution réorganise ses priorités, évaluation des zones récupérées, sécurisation des infrastructures vitales, protection des sources d'eau, des forêts et des mangroves. Les routes se ferment. Le FHB cherche d'autres chemins. La biodiversité haïtienne ne peut pas attendre la paix pour être protégée.

Ce ne sont pas des projets pensés pour elles. Ce sont des projets portés par elles.

En Haïti, les femmes sont partout. Elles sont au marché avant l'aube, elles portent les charges sur leur tête, elles nourrissent les familles, elles gèrent les ressources du quotidien. Elles savent où l'eau se trouve, où elle manque, où la terre s'érode, où les récoltes diminuent. Elles vivent au contact direct de l'environnement, souvent bien avant que les experts n'arrivent avec leurs rapports. Ce savoir accumulé au fil des générations est une ressource que la société haïtienne n'a pas encore pleinement reconnue. Pourtant, là où les femmes organisent, décident et agissent, les résultats parlent d'eux-mêmes.

Dans le cadre du programme ProNature CRAB, financé par la Coalition pour la Biodiversité (CBF) et l'Agence Française de Développement (AFD), le Fonds Haïtien pour la Biodiversité a fait un choix délibéré. Mettre les femmes au cœur de l'action. Deux organisations féminines ont reçu un financement pour conduire des projets concrets dans leur communauté respective.

Dans le Sud-Est, l'Association des Femmes pour l'Environnement et le Développement Durable (AFEDD) travaille à la réhabilitation d'un système d'adduction d'eau potable à Source Cresson. L'accès à l'eau potable et la protection de l'environnement ne sont pas deux combats séparés. Quand une source se tarit ou se pollue, c'est la communauté entière qui en paie le prix. Ce sont souvent les femmes qui marchent le plus loin pour trouver de l'eau. Ce sont elles aussi qui savent le mieux ce qu'il faut faire pour la protéger.

À l'Étang Lachaux, l'Organisation des Femmes en Action pour la Protection de l'Environnement (OFAPE) s'attaque à la restauration de 2 500 mètres de berges. Des berges dégradées, c'est une eau qui se réchauffe, qui s'évapore, qui perd sa capacité à soutenir la vie aquatique et à alimenter les terres environnantes. Restaurer ces berges, c'est rendre à cet étang sa fonction naturelle et à la communauté un patrimoine commun.

On pourrait se demander pourquoi des femmes. La réponse est simple. Parce qu'elles sont déjà là. Elles connaissent la terre, elles savent ce qui a changé, ce qui manque, ce qui peut encore être sauvé. Leur engagement n'est pas symbolique. Il est pratique, ancré dans la réalité quotidienne de leurs communautés. Quand elles s'organisent autour d'un projet, elles entraînent avec elles leurs familles, leurs voisins, leurs communautés. L'impact dépasse toujours le projet lui-même.

Ces deux initiatives ne sont pas des exceptions. Elles illustrent une conviction portée par le FHB. Les solutions durables naissent toujours de l'intérieur. Elles naissent de ceux qui connaissent la terre, qui en dépendent, qui ont tout à perdre si elle se dégrade et tout à gagner si elle se relève. À Étang Lachaux comme à Source Cresson, ce sont des femmes qui tiennent ce rôle. Et toute la communauté en bénéficie.

La biodiversité ne se dégrade pas dans l'abstrait. Elle se dégrade ici, maintenant, sous nos yeux.

Le Fonds Haïtien pour la Biodiversité (FHB) tire la sonnette d'alarme. La dégradation de la biodiversité haïtienne s'accélère et appelle une mobilisation nationale urgente.

Il ne fait aucun doute que la situation de la biodiversité en Haïti s'est aggravée ces dernières années. Les diverses mesures qui ont été prises par des anciennes administrations sont restées vaines, notamment celle d'interdire la coupe des mangroves.

Pas de plan national concernant les problèmes environnementaux selon Aviol Fleurant.  Il n'y a ni politique publique, ni code environnemental en Haïti visant à protéger la biodiversité. Il souligne que les lois existantes datent de plus de 100 ans et ne sont plus adaptées à la réalité du pays. Port-au-Prince, conçue pour un million d'habitants, en abrite aujourd'hui plus de huit millions. Les textes n'ont pas suivi.

Me Fleurant a invité l'État haïtien à associer une politique environnementale aux principes d'un développement durable pour garantir la protection et la conservation de la biodiversité.

La dégradation de la biodiversité exige de prendre en compte un grand nombre de facteurs liés à la physiographie, la climatologie, aux ressources en sol, aux ressources forestières, aux ressources hydriques, aux ressources maritimes et côtières, à la flore et à la faune du pays.

La pollution de l'environnement haïtien exige une réponse immédiate. Le déversement des déchets dans les rues et les rivières est un danger direct pour la santé de la population.

Un décret-loi portant sur la gestion et la protection de l'environnement a été adopté en conseil des Ministres le 12 octobre 2005. Les responsabilités des citoyens, des collectivités territoriales, des entreprises et des institutions gouvernementales sont fixées dans ce texte, notamment le principe de pollueur-payeur. Pourtant, il n'est toujours pas mis en application.

La dégradation des ressources naturelles menace directement la survie de la population. L'État doit prendre ses responsabilités. Mais l'État seul ne suffira pas.

Les autorités doivent sensibiliser les citoyens haïtiens à la nécessité de s'engager dans la lutte pour freiner la dégradation. Le changement durable ne viendra pas d'un décret. Il viendra d'une décision collective, prise à l'intérieur de chaque communauté, de chaque famille, de chaque individu.

La coupe des mangroves a eu des conséquences directes et mesurables sur la biodiversité du pays. Des mesures doivent être prises avant que le point de non-retour soit atteint.

La déforestation contribue à fragiliser les ressources naturelles. Quand un touriste se rend en Haïti, les conséquences de la déforestation l'empêchent de jouir de ce que la biodiversité haïtienne pourrait offrir. La déforestation d'un lieu affecte l'ensemble du territoire, car les arbres en sont les poumons.

Agir pour protéger notre biodiversité, c'est avant tout changer nos habitudes. C'est une affaire sérieuse qui demande l'attention, l'engagement et l'investissement de tous. Haïti a besoin de ses fils et de ses filles pour protéger et conserver sa diversité biologique.

Le Fonds Haïtien pour la Biodiversité est là. Nous nous engageons à collaborer avec des acteurs de la société civile en vue de poursuivre nos actions de protection et de conservation de la biodiversité. Malgré les routes bloquées et l'insécurité, le FHB est resté présent sur le terrain tout au long de l'année.

Nous, au FHB, appelons l'ensemble des secteurs du pays à agir en lançant des actions concrètes. C'est une question de survie. Il faut agir et investir dans ce secteur. Ce que nous ne protégeons pas aujourd'hui, personne ne pourra le restaurer demain.

2025 s'achève. Les routes terrestres ont été bloquées pendant une grande partie de l'année. Pourtant, le FHB n'a jamais cessé d'être présent auprès de ses bénéficiaires.

L'année 2025 a été marquée par des défis sans précédent et a mis à l'épreuve la résilience des institutions du pays, y compris celle du Fonds Haïtien pour la Biodiversité. Bien que l'insécurité soit omniprésente, le FHB a prouvé que sa principale vertu n'est pas seulement de résister aux crises, mais sa capacité à s'adapter et à progresser. Nos résultats, obtenus dans des conditions particulièrement difficiles, traduisent la détermination de nos équipes et un engagement indéfectible à atteindre nos objectifs.

Dans un environnement où les déplacements sont limités, nous avons pris des décisions stratégiques en orientant nos efforts vers des zones plus stables, notamment la commune de Corail à Baradères-Cayémites. Dans le cadre du Plan de préservation et de restauration de mangroves, nous avons mis en terre plus de 200 000 plantules.

Ces avancées ont été obtenues grâce à la volonté de toute l'équipe qui a surmonté de nombreux défis. Les contraintes logistiques, les retards dans les approvisionnements et les réductions dans le déploiement des équipes ont parfois ralenti notre progression. Chaque difficulté a été une occasion d'apprendre.

Les leçons de 2025 ont démontré qu'il est important de concentrer nos efforts dans les zones accessibles. Cette approche ne signifie pas que les autres régions sont abandonnées, mais que les interventions doivent être ciblées et adaptées.

En 2026, le FHB n'entend pas lâcher prise. Nous allons approfondir notre engagement envers les communautés, en renforçant leur rôle actif dans la gestion et le suivi des projets. Nous poursuivrons nos activités, comme l'apiculture et la gestion communautaire des ressources naturelles, en les élargissant pour toucher davantage de bénéficiaires.

Nous croyons fermement que chaque pas contribue à construire une trajectoire solide vers nos objectifs. Nos ressources seront mobilisées avec rigueur pour garantir une mise en œuvre efficace. L'innovation sera au cœur de notre stratégie.

Du point de vue de la communication, nous nous engageons à mieux valoriser nos réalisations. Les rapports, les ateliers de restitution et une stratégie digitale renforcée seront les vecteurs d'un dialogue constant avec les parties prenantes.

L'année 2026 devra prouver que, malgré les incertitudes, le FHB est en mesure de continuer à bâtir, à progresser et à protéger. Notre mission est de poser des fondations solides pour un avenir où la biodiversité et les communautés qui en dépendent peuvent prospérer ensemble. Nos efforts soutenus par une vision claire porteront des fruits durables.

En trois ans, le FHB a transplanté 400 000 plantules, restauré près de 200 hectares de mangroves et compté plus de 1 500 bénéficiaires directs. Ce sont des fondations qui durent.

À Baradères Cayémites, des pêcheurs, des femmes et des jeunes se sont mobilisés avec le sens du devoir. Pas par obligation. Par conviction que quelque chose était encore sauvable.

La mangrove est un écosystème côtier tropical unique, une forêt les pieds dans l'eau. Au cœur de cet écosystème réside le palétuvier. Il est ce que le corail est au récif corallien, l'élément constitutif d'un milieu pour la diversité biologique marine.

La particularité du palétuvier lui permet de se développer dans une eau saumâtre et un sol pauvre en oxygène. Ses racines aériennes captent l'oxygène de l'air et il puise les nutriments dont il a besoin dans l'eau. Le palétuvier a aussi la capacité de rejeter l'excès de sel par ses feuilles.

Cet environnement tropical conserve une riche biodiversité. Poissons, crabes, oiseaux, reptiles y trouvent nourriture et abri. La mangrove est un refuge pour de nombreuses espèces qui y passent leur période juvénile avant de rejoindre la haute mer. Pour des espèces comme les périophtalmes, les crabes violonistes ou encore les poissons archers, la mangrove est un lieu de résidence permanente. La mangrove protège les écosystèmes marins et assure la survie des communautés locales qui en dépendent.

La mangrove amortit l'effet destructeur des vagues dues aux ouragans ou aux raz-de-marée. Elle constitue une barrière de défense naturelle. Elle peut même ralentir, voire empêcher un tsunami d'atteindre les côtes.

Ignorer la valeur de cette richesse naturelle, c'est détruire ses propres ressources halieutiques et se rendre plus vulnérable face aux risques côtiers.

L'ingénieur-agronome Jimmy Délisca estime la superficie totale de mangrove en Haïti à 17 337 hectares (CNIGS, 1998). Les spécialistes estiment que les mangroves couvraient jadis presque tout le littoral haïtien et s'étendaient jusqu'à 6 kilomètres à l'intérieur des terres. Aujourd'hui, elles sont présentes sur 30 % seulement du littoral haïtien.

La vulnérabilité

Les grandes villes d'Haïti sont principalement côtières. L'urbanisation qui progresse et l'extension sans contrôle du bâti exercent une pression croissante sur la mangrove. Dans les zones proches de la capitale, elle a été rayée de la carte. À Cité Soleil, la population détruit le peu de mangrove subsistant et remblaie le littoral pour créer des espaces de construction. L'absence de l'État n'a mis aucune politique publique en place pour protéger les espèces et leurs écosystèmes. Les jeunes poissons, privés de refuge, disparaissent.

Un arrêté publié le 10 juillet 2013 interdit l'exploitation et l'utilisation des mangroves dans le pays. La pêche et la chasse sont également prohibées à l'intérieur de ces forêts. Des textes, mais jamais appliqués réellement.

Haïti figure parmi les pays qui ont ratifié la convention sur la diversité biologique de 1996, un traité multilatéral signé par 196 nations en faveur du développement durable. En vertu de cette convention, Haïti doit mieux gérer ses ressources et ses espaces naturels, notamment les mangroves. Des étudiants de l'École Technique d'Agriculture et de Gestion de l'Environnement (ETAGE) ont démontré que la déforestation et les déchets demeurent des menaces directes pour les mangroves haïtiennes.

La solution

L'État haïtien doit mettre sur pied des politiques publiques pour réparer les dégâts déjà causés et restaurer les écosystèmes endommagés. Cela passe aussi par l'éducation des communautés côtières dont la survie dépend directement de ces écosystèmes. De sévères sanctions doivent être prises à l'encontre de ceux qui les détruisent pour en tirer profit. Une démarche concertée des institutions de conservation, des communautés locales et des autorités est la seule voie vers une gestion durable de ces écosystèmes. C'est dans cette perspective que le Fonds Haïtien pour la Biodiversité agit. Un projet de restauration s'est achevé en août 2025 à Baradères-Cayémites, où plus de 200 000 plantules ont été mises en terre par des habitants de cette région. Ces hommes et ces femmes qui ont mis les mains dans la terre ce jour-là savaient ce qu'ils faisaient.

À La Caouane, les mangroves ont tellement reculé qu'on marche sous un soleil sans ombre.

Le Fonds Haïtien pour la Biodiversité (FHB) s'engage activement dans la protection des mangroves haïtiennes. Dans cet article, des experts et anciens ministres témoignent de l'importance de ces écosystèmes et des menaces qui pèsent sur eux.

Les mangroves, un sujet d'intérêt général, de l'avis de l'ancien Ministre de l'environnement Abner Septembre. Il s'agit d'écosystèmes composés de palétuviers, d'arbres ou d'arbustes sempervirentes tolérants au sel, qui se trouvent dans les zones intertidales, à l'interface terre-mer, le long des côtes tropicales et subtropicales des lagunes d'eau peu profondes, des estuaires, des fleuves ou des deltas.

Elles fournissent des habitats, des lieux de reproduction et des zones d'alevinage pour les poissons, les crustacés et les mollusques, y compris ceux qui représentent une source importante de revenus pour les communautés côtières. Elles servent également d'habitat pour les oiseaux et autres animaux sauvages. Les feuilles mortes et autres débris qui proviennent des mangroves constituent la base alimentaire d'animaux comme les crabes, les palourdes, les huîtres, d'autres types de coquillages, ou encore les poissons osseux qui nourrissent, à leur tour, des millions de personnes.

La mangrove développe des mécanismes physiologiques remarquables pour survivre dans des milieux hostiles. Ses racines dites échasses plongent dans la mer pour s'amarrer à des substrats souvent vaseux, ou des racines dites aériennes permettant de respirer au sein d'une végétation dense.

L'ex-Ministre souligne que les mangroves sont aujourd'hui confrontées à une menace. Leur destruction progressive fragilise la biodiversité marine. Il faut mettre en place des mesures et des sanctions pour protéger ces habitats. Les textes existent déjà sur le papier mais ne sont pas appliqués sur le terrain, regrette-t-il.

L'expert en écologie Jean Vilmont Hilaire affirme que la végétation des mangroves constitue un habitat complexe, où de nombreuses espèces viennent se nourrir et se reproduire. Ces espaces sont vitaux pour l'être humain. Ils freinent l'érosion des côtes et constituent une source d'alimentation pour beaucoup.

Les mangroves contrôlent le taux de sel de leur milieu marin en relevant leurs feuilles ou par dilution de leur sève. Côté germination, elles étendent un embryon directement sur l'arbre. Lorsque la graine germée tombe dans la terre, elle s'enracine rapidement. Une fois dans l'eau, elle flotte jusqu'à ce que son poids la fasse couler et s'implanter.

Telle une nurserie, elles approvisionnent les espèces végétales et animales qui l'habitent, notamment les larves. La mangrove est un rempart contre les aléas. Avec ses racines et ses feuilles, elle constitue un refuge contre les prédateurs, un support pour les invertébrés, un frein contre l'érosion des côtes, un bouclier contre l'énergie des vagues et des vents. Elle peut même ralentir, voire empêcher un tsunami d'atteindre les côtes.

La mangrove est de plus en plus menacée. Elle recule face à l'urbanisation et la déforestation. Sa destruction par le fer, le feu et la salinisation est devenue une réalité quotidienne.

La solution passe par une politique de gestion durable impliquant les autorités étatiques, les communautés locales et tous les acteurs du secteur. Cela implique le contrôle effectif des activités de pêche et de chasse dans les aires protégées, la régulation de la coupe et du commerce du bois de mangrove, et l'application réelle des textes qui existent déjà. C'est dans cet espace, entre la loi et le terrain, que le FHB agit.